Mwene-Ditu : Tribune Tshisekedi inaugurée, polémique sur le coût [Reportage]

La ville de Mwene-Ditu dans la province de Lomami passe sous un débat polarisé suite à l’inauguration d’une tribune monumentale érigée en plein cœur de la cité en hommage à feu Étienne Tshisekedi wa Mulumba, affectueusement surnommé le « Sphinx de Limeté ».

Cette infrastructure imposante, destinée à accueillir des manifestations publiques et potentiellement des audiences judiciaires, a été officiellement ouverte le lundi 5 mai 2025 par le maire de la ville, Monsieur Gérard Tshibanda Kabwe. Cependant, le coût substantiel de sa construction, estimé à plus de 74 millions de francs congolais, suscite une vive controverse au sein de la population, partagée entre la reconnaissance d’un symbole mémoriel et la perception d’un investissement luxueux et mal priorisé.

Selon les déclarations du maire Gérard Tshibanda Kabwe, le financement de cette tribune a été assuré conjointement par les fonds propres de la mairie et un appui du vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo Mwadianvita. Le maire a précisé lors de la cérémonie d’inauguration que la première pierre de cet édifice avait été posée en juin 2023, soit trois mois après son installation à la tête de la ville, et que les travaux se sont achevés le 3 mai 2025. Il a également détaillé la capacité de l’infrastructure, pouvant accueillir jusqu’à 190 personnes assises, sans compter les zones de sécurité adjacentes. Le coût total de réalisation de cet ouvrage a été chiffré par l’autorité urbaine à environ 26.000 dollars américains, soit l’équivalent de 74.100.000 francs congolais au taux de change actuel.

Ce montant considérable a immédiatement alimenté une vive polémique au sein de la population de Mwene-Ditu. Si une partie des habitants perçoit cette tribune comme un symbole tangible de la mémoire collective et un hommage approprié à une figure politique marquante de l’histoire du Congo, une autre frange de la société civile exprime un profond malaise, considérant cet investissement comme un luxe mal placé au regard des besoins pressants de la ville en matière d’infrastructures de base et de services sociaux.

Au sein de la société civile locale, le coût jugé excessif de la tribune suscite une indignation palpable. Monsieur Umberto Bukasa, coordonnateur provincial adjoint de la Nouvelle société civile Congolaise (NSCC), n’a pas mâché ses mots pour exprimer son désaccord. Il a clairement affirmé que, selon son organisation, les priorités de la ville devraient se situer ailleurs : «Pour nous, la priorité d’abord c’était s’occuper de la voirie urbaine et s’attaquer aux érosions qui attaquent la ville, mais aussi achever les travaux de la salle administrative qui est à côté de la mairie», indique Umberto Bukasa.

Alors que le maire Gérard Tshibanda Kabwe justifie la construction de cette tribune comme un acte d’hommage au « Sphinx de Limeté », la société civile émet de sérieux doutes sur la pertinence de cette forme d’hommage au regard des dépenses engagées. Monsieur Umberto Bukasa a souligné qu’«il y a plusieurs manières de rendre hommage à Dr Etienne Tshisekedi wa Mulumba, c’est respecter l’orthodoxie financière et non pas coller le nom d’un Monsieur intègre à une dilapidation de fonds. Par contre, on a humilié la mémoire du feu Etienne Tshisekedi».

La Nouvelle société civile Congolaise (NSCC) a annoncé son intention d’aller plus loin dans sa dénonciation et a appelé publiquement à un audit transparent des fonds ayant servi à la construction de la tribune. Monsieur Umberto Bukasa a insisté sur la nécessité de clarifier la provenance de ces ressources financières : «Nous devons être édifiés, nous devons placer la provenance de ce fonds là-bas. Est-ce que ce sont les fonds propres de la mairie ? Est-ce que ce sont les fonds issus de la rétrocession ? Ce sont les dons et l’aide dont nous devons savoir l’origine et au besoin faire l’audit».

En attendant les éventuelles suites de cette demande d’audit, la tribune Étienne Tshisekedi est bel et bien là, imposante et inaugurée, trônant au cœur de Mwene-Ditu. Cependant, loin de faire l’unanimité, elle est déjà au centre d’un débat animé qui ne fait que commencer. Cette infrastructure, initialement conçue comme un lieu de rassemblement et d’expression publique, est paradoxalement devenue un symbole de division au sein de la communauté locale, illustrant les tensions entre les impératifs de la mémoire politique et les réalités des besoins socio-économiques d’une ville en développement.

K.M


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